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 Le Régime de Vichy

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Lossiel
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MessageSujet: Le Régime de Vichy   Ven 14 Juil - 20:08

Le Régime de Vichy
1940 – 1944



Le régime de Vichy découle de 3 facteurs clefs :

1. La défaite de la France, qui est un effondrement, sans précédent depuis le Moyen-Âge, de ce qui
était le pouvoir dans ce lieu géographique de l'Europe occidentale. Jamais la France ne s'était
trouvée dans une telle débâcle et de façon aussi soudaine. C'est un traumatisme énorme, qui
reviendra sans cesse dans le discours de Vichy, et principalement sous la forme religieuse, la
défaite de la France étant parfois vue comme une « sorte de Shoah » : une défaite provoquée par
Dieu à cause des péchés commis par le peuple de France. Il y a là une sorte de masochisme que
s'appliquent les Français, qui pensent ne pas avoir été à la hauteur du patriotisme qui convenait.
Charles Maurras, évoquant le Blitzkrieg, parla de « divine surprise ».

2. Effectivement, ce fut une divine surprise pour Charles Maurras, mais surtout pour Philippe
Pétain et Pierre Laval, qui voyaient là une occasion de prendre leur revanche sur la gauche, qui
avait gagné les élections de 1937, après une campagne électorale qui avait divisé la France en
deux.
Et c'est ainsi que le régime de Vichy se veut la négation sincère de l'idéal républicain, construit
entre 1870 et 1940, sur les traces de la révolution de 1789.

3. Enfin, les relations fascinantes, curieuses et surtout tumultueuses entre Philippe Pétain et Pierre
Laval sont pour beaucoup dans le régime de Vichy. Ce sont en effet deux personnalités fort
différentes :
– Philippe Pétain jouit en 1940 d'une immense popularité, malgré ses 84 ans.
On pourrait presque dire que le Maréchal Pétain a vécu 5 vies différentes :
Né en 1856 dans une famille de paysans aisée du Nord de la France (ce qui implique qu'il
reçoit une bonne éducation), en Artois, il a 14 ans quand Napoléon III est encore empereur. Il
se prépare à une carrière militaire, commencée vers 1878 – 1879, quelques années après la
proclamation de la République : il devient un militaire républicain.
Jusqu'en 1917, il ne lui arrive pas grand chose : il gravit les différents échelons de la
hiérarchie, et avant la Première Guerre mondiale, il est chargé d'enseigner à l'école de guerre.
Il y fait preuve d'un esprit d'innovation, en prônant l'utilisation tout d'abord de l'artillerie, puis
de l'infanterie, dont il était par ailleurs membre. Jusqu'alors, les fantassins éatient massivement
utilisés dès le début. C'est un militaire classique, mais avec des idées. Ses élèves le
surnomment « Précis le Sec », ce qui dénote une certaine hauteur de sa part.
En 1914, le colonel Philippe Pétain était proche de la retraite. L'administration, pour lui offrir
une retraite plus confortable, le nomma général. Et si la Première Guerre mondiale n'avait pas
éclaté, il serait parti à la retraite.
Durant la Première Guerre mondiale, très vite Philippe Pétain se fait reconnaître, et en 12 à 15
mois, il passe du commandement d'une brigade (soit 6 000 hommes) à un corps d'armée (soit
200 000 hommes). Ses chefs reconnaissent ses qualités de bravoure et de contact avec les
soldats, et lui confient la défense stratégique de Verdun, en 1916. Il en est le vainqueur. Après
Verdun, il devient un, puis le Commandant en Chef des forces françaises. En 1917, il aura à
résoudre la crise de l'Armée française (mécontentement, désertions, mutineries... voir Un long
dimanche de fiançailles, de Sébastien Japrisot). Il rétablit la discipline en dosant fermeté (412
condamnations à mort de soldats pour faiblesse face à l'ennemi ou désertion, et 55 exécutions)
et compréhension.
Pétain sort de la guerre en étant au fond le principal vainqueur de la Première Guerre
mondiale, avec les deux autres maréchaux : Foch et Joffre. Ceux-ci sont déjà âgés, et ne
tarderont pas à décéder. Il reste donc le seul Maréchal de France, sorte de symbole de l'Armée
française. Pendant encore 10 ans, on va le charger de l'enseignement des cadres de l'Armée. Il
y rencontrera ainsi une nouvelle fois Charles de Gaulle (qu'il avait déjà rencontré en 1912),
venu parfaire sa formation. De Gaulle sera d'ailleurs membre du cabinet de Philippe Pétain de
1925 à 1927, et lui dédiera les deux livres qu'il écrit sur l'Armée à cette époque ( Le Fil de
l'épée, en 1932, et Vers Une Armée de métier , en 1934), ce qui ne manque pas de piquant
quand l'on connaît la suite de l'histoire.
On retrouve ensuite Pétain homme politique. Le soir du 6 février 1934, lorsqu'Édouard
Daladier renonce à former un gouvernement, Gaston Doumergue appelle Philippe Pétain pour
faire partie de son gouvernement d'Union Nationale. Pétain devient ministre de la guerre, et y
prendra vraisemblablement du plaisir. En 1936 arrive le Front Populaire, qui interrompt cette
deuxième carrière, chez un homme qui a déjà 80 ans. Pétain est politiquement proche de la
droite classique, modérée.
Après la victoire de Franco en Espagne, la France décide d'envoyer un ambassadeur à Burgos.
C'est Philippe Pétain qui assumera ce rôle. Après avoir été militaire puis homme politique, le
voilà diplomate.
Durant le Blitzkrieg, on retrouve de nouveau Pétain, qui revient au gouvernement en tant que
numéro 2 du gouvernement de Paul Reynaud, aux places de vice-président du conseil et de
ministre de la guerre. Le soir du 16 juin 1940, il devient le dernier président du conseil de la
IIIe République. En quelques jours, sa quatrième vie commence.
Le 10 juillet, il obtient les pleins pouvoirs, des pouvoirs exceptionnellement vastes, et nomme
un dauphin.
Sa cinquième (et dernière) vie commence en août 1944, quand il s'enfuit en Suisse, ou le 15
août 1945, jour où il est condamné à mort par la Haute-Cour de Justice, chargée de juger les
dignitaires de Vichy collaborateurs. Pétain était rentré en France le 27 avril 1945, pour être
jugé. Charles de Gaulle commuera sa peine en prison à vie. Philippe Pétain meurt 6 ans plus
tard, en 1951, en détention sur l'île d'Yeu.
Pour Pierre Laval, Pétain n'était qu'une « potiche » ou un « gâteux ». Pétain avait, entre 84 et
88 ans, de grands moments de lucidité et une envie de pouvoir, et des moments de faiblesse,
où il était à la merci de son entourage.
– Chez Pierre Laval aussi, il y a de nombreuses ambigüités, mais les contours du personnage
sont plus nets, plus simples. Laval est né en 1883, d'un père boucher-cafetier dans le Puy-de-
Dôme. Il a fait des études grâce à la République, et a étudié le droit à Paris, avant de devenir
l'avocat de la SFIO. Il fréquente Jean Jaurès, jusqu'en 1914. Cette année-là, Jaurès est
assassiné, mais surtout, la SFIO s'engage dans la politique d'« union sacrée » pour la guerre.
Laval résiste, il est pacifiste, fidèle à l'idéal socialiste. Il est alors député de la Seine,
d'Aubervilliers. Un second choc le prend à la gorge : la révolution bolchevique. Il n'accepte
pas la prise du pouvoir en Russie par la minorité bolchevique de Lénine, car cela va à
l'encontre de l'idéal socialiste.
Progressivement, Pierre Laval évolue vers le centre, puis vers la droite modérée. Le pouvoir
s'ouvre alors à lui, dans tous les gouvernements qui ne sont pas de gauche. Il mène une
carrière politique brillante, étant de presque tous les gouvernements. Surtout, il est clairement
le meilleur orateur de l'entre-deux-guerres, ainsi qu'un remarquable tacticien. Il n'hésite
d'ailleurs pas à afficher sa supériorité intellectuelle, de même qu'un goût de parvenu pour le
luxe et la propriété : il a une éternelle cravate blanche, et est devenu le châtelain de son village
natal, Chateldon.


Dernière édition par le Ven 14 Juil - 20:25, édité 1 fois
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Lossiel
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MessageSujet: Re: Le Régime de Vichy   Ven 14 Juil - 20:09

I . Les grandes articulations

Le régime de Vichy n'est pas un tout. Il a une évolution dictée par des éléments extérieurs. On
distingue 3 articulations chronologiques principales.

1. Pétain – Laval (juin 1940 – décembre 1940)
C'est la période de mise en place du régime de Vichy, marquée par la rupture très précoce des
relations avec la Grande-Bretagne, quelques jours à peine après l'armistice, sur le problème de
la flotte de l'Armée française.
Churchill ne voulait pas courir le risque de voir la flotte tomber aux mains des Allemands.
L'essentiel de la flotte de l'Atlantique, stationnée à Brest, était venue s'installer près d'Alger, à
Mers-el-Kébir. Le Royaume-Uni demande sa reddition, mais se heurte au refus de la France.
Churchill fait alors bombarder la flotte française le 3 juillet 1940, faisant plus d'un millier de
morts. Le régime de Vichy ressort alors des cartons le thème de l'anglophobie.
Puis les pleins pouvoirs sont votés à Pétain.
En septembre 1940, le régime de Vichy commence à rencontrer des difficultés avec son
Empire colonial, dont des pays rejoignent la France Libre de Charles de Gaulle. De plus,
l'Indochine est envahie par le Japon, qui y laisse cependant fonctionner l'administration
française (elle ne sera — physiquement — supprimée qu'à la veille de la défaite japonaise).
En octobre 1940, l'État Français prend consistance. Pétain est reconnu à l'étranger. Il prononce
le 11 octobre un discours sur « L'ordre nouveau », qui pose les fondements idéologiques de
Vichy.
Le 24 octobre a lieu une entrevue, organisée par Pierre Laval, entre Adolf Hitler et Philippe
Pétain, à Montoire. La poignée de mains des deux hommes, photographiée, créera un
flottement en France.
Cette période s'achève de façon presque burlesque, comme une opérette. Le 13 décembre
1940, on apprend que, brusquement, Pétain a fait arrêter à Vichy Pierre Laval, son dauphin
désigné. Pétain lui reproche de mener une politique autonome sans l'en tenir informé. Le jour
même, l'ambassadeur d'Allemagne à Paris envoit une colonne de blindés en zone libre, pour
libérer Laval et l'emmener à Paris. Pétain n'a plus de successeur.

2. Pétain – Darlan (décembre 1940 – avril 1942)
C'est la période durant laquelle on met en place les structures politiques et idéologiques de
Vichy. On essaye en apparence de mener un double jeu avec l'Allemagne.
C'est d'abord Pierre-Étienne Flandin qui succède à Laval, jusqu'en février 1941. Puis de
février 1941 à avril 1942, c'est l'amiral Darlan qui devient le « dauphin » du Maréchal.
L'amiral Darlan est un haut-fonctionnaire français, qui a mené dans l'entre-deux-guerres une
politique visant à faire une force navale de première grandeur. En d'autres termes, il est le père
de la marine française. C'est un technocrate conservateur, qui s'entend bien avec Pétain.
En avril 1942, cette atmosphère de double jeu bascule : sous la pression du « Reich »,
l'ambassadeur allemand à Paris impose à Pétain Pierre Laval comme chef du gouvernement.

3. Laval – Pétain (avril 1942 – août 1944)
Pétain aurait pu choisir de se retirer, mais il a préféré rester, car il avait, en demandant
l'armistice le 17 juin 1940, « fait à la France le don de sa personne pour atténuer son
malheur ».
En Allemagne, il y a toujours 1,5 millions de prisonniers français, qui sont utilisés comme
moyen de pression pour forcer Pétain à accepter le retour de Laval. Que ce soit Laval et pas un
autre n'est pas étonnant : dès le début, dès juin 1940, il a évoqué le besoin d'une « politique de
collaboration » avec l'Allemagne. Pierre Laval se nomme Président du Conseil.
Il organise, avec le dignitaire nazi chargé de recruter de la main-d'oeuvre pour l'industrie
allemande, le Gauleiter Sauckel, la « Relève », en juin 1942, qui devait permettre de fairepartir en Allemagne quelques 450 000 ouvriers français (avec un salaire correct). Le principe
était qu'ils devaient servir de monnaie de change contre les prisonniers de guerre (qui sont, par
ailleurs, correctement traités, comparés aux prisonniers soviétiques ou polonais) : 3 ouvriers
contre 1 prisonnier libéré. Sauckel ne recrutait pas qu'en France, loin de là, mais dans toute
l'Europe occupée.
La Relève est volontaire. Mais ne marche pas. Quelques dizaines de milliers de travailleurs
français feront le voyage, mais c'est tout.
En février 1943 est ainsi imposé le Service du Travrail Obligatoire (STO) : tous les jeunes
Français qui ont 20, 21 ou 22 ans doivent partir en Allemagne pour y travailler. Ceux qui ne
partent pas n'ont pas de ticket d'alimentation, et deviennent hors-la-loi.
Le 8 novembre 1942, c'est le débarquement allié en Afrique du Nord. En conséquence, les
Allemands prennent possession de la zone « libre » et donc du reste du territoire. Il y a alors
un durcissement du régime, avec notamment la création d'une police parallèle, la « Milice ».
En août 1944, c'est la fin du régime de Vichy, deux mois après le débarquement en
Normandie, et au moment du débarquement en Provence. Le régime s'effondre, et les
Allemands embarquent avec eux tous les dignitaires de Vichy. Pétain se réfugie en Suisse,
puis se rendra, le 27 avril 1945, en France pour être jugé. Pierre Laval s'enfuit en Espagne,
d'où Franco le livrera à la France.
En août 1944, dans tout le Grand Reich, il y avait 8 millions de travailleurs forcés, soit un
cinquième de la totalité des actifs employés. 6 millions avaient été prélevés dans les pays
occupés, et principalement en URSS (environ 3 millions), en Pologne (environ 2 millions) et
en France (environ 1,2 millions). Il y avait aussi 2 millions de prisonniers de guerre travaillant
le jour, et retournant dans les camps la nuit, et un volant de main-d'oeuvre venu des camps de
concentration, représentant à peu près 500 000 personnes en permanence. Tous ces
travailleurs forcés seront les acteurs bien involontaires du miracle économique allemand de
l'après-guerre.
L'Europe est ainsi devenue un énorme pays d'esclavage au service du « Reich ».
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MessageSujet: Re: Le Régime de Vichy   Ven 14 Juil - 20:24

II. L a nature du régime

Le régime de Vichy est « national en politique extérieure, hiérarchique en politique intérieure,
coordonné et contrôlé en économie ».

1. L'État français : « Travail, Famille, Patrie »
La devise de l'État Français n'est plus celle de la République. On a donc affaire à un régime
sui generis, spécifique.
– Le Chef du régime dispose de plus de pouvoirs que Louis XIV. Il est chef de l'exécutif, du
législatif, et du judiciaire (tandis que les souverains absolus, en France, avaient besoin de
réunir les États Généraux — ce qui a par ailleurs causé leur perte — pour certaines
décisions fiscales, et n'étaient donc pas autonomes aux niveaux législatifs et judiciaires).
C'est tout à fait atypique, à l'encontre d'une évolution républicaine commencée en 1870,
voire en 1789.
Autour de ce chef, il y a un véritable culte de la personnalité, un Culte du Maréchal (qui a
d'ailleurs pour lui un Hymne du Maréchal, chanté le matin dans les écoles ; des portraits
dans tous les lieux publics et dans beaucoup de devantures, etc). Pétain est surnommé le
« druide », le « Guide », le « chêne »... Le régime a tous les attributs du totalitarisme. Et
pourtant, il y a des nuances.
– De plus, le régime est en apparence assez souverain : la Grande-Bretagne l'a reconnu
jusqu'au 3 juillet 1940 (ce qui fait peu de temps, certes) ; un représentant de l'URSS se
trouvait à Paris jusqu'à juin 1941 et l'opération Barbarossa ; un autre, des États-Unis
d'Amérique, restera jusqu'en 1942 ; quant au Vatican, il aura des relations diplomatiques
cordiales avec Vichy jusqu'à la fin.
Mais sur quoi est souverain Vichy ?
L'armistice prévoyait la coupure de la France en deux morceaux principaux, la Zone
Occupée, et la Zone non-occupée (dite « nono ») jusqu'au 11 novembre 1942. La capitale
officielle de la zone non-occupée est Vichy, mais la capitale officieuse, réelle, est Lyon.
Pétain, en plus de ses gouvernements, a aussi son armée : l'armistice a autorisé la France à
conserver 100 000 hommes (soit autant que ce que la France avait autorisé la Weimarer
Republik à conserver après la Première Guerre mondiale...), ainsi que le contrôle de la flotte
française (qui est toutefois désarmée et neutralisée). L'Empire colonial et ses troupes restent
également soumis à l'autorité de Vichy, sauf bien évidemment ce qui va basculer en faveur
de Charles de Gaulle. En Afrique du Nord se trouvent tout de même potentiellement 250
000 soldats.
La zone non-occupée est une affaire en or pour l'Allemagne au niveau militaire : ils n'ont
pas eu besoin de la conquérir, et vu sa géographie et ses montagnes, la partie aurait été loin
d'être aisée.
L'Alsace-Lorraine a été rattachée au Reich, et envahie de colons allemands venus des Pays
Baltes, récemment soviétisés. Tous les départements du Nord ont été rattachés, quant à eux,
au Haut-Commissariat du Reich en Belgique. Les Alsaciens et Lorrains vont se réfugier
dans le Sud de la France, ou en Algérie.
Vichy continue d'administrer toute la France, ce qui fait que les Allemands n'auront pas à
mobiliser du personnel pour cela dans la zone occupée. On a installé à Paris un délégué
général de Vichy, Fernand de Brinon, responsable, auprès de l'ambassadeur d'Allemagne à
Paris, du bon fonctionnement de l'administration dans le pays.

2. La « Révolution Nationale »
C'est ce qui figure dans le discours du 11 octobre de Pétain, qui annonce un « ordre
nouveau ». C'est, au sens étymologique du terme, un régime réactionnaire, en réaction au
passé. Il y a en fait 5 réactions :
– Réaction contre le régime démocratique et parlementaire
Dans un régime démocratique, chaque citoyen peut donner son avis au chef qui gouverne le
pays. C'est ce qui avait commencé à être institué dès janvier 1970 avec Thiers. Pour Pétain,
« le régime nouveau sera une hiérarchie sociale ». Vichy remonte là en arrière avant même
l'époque des Lumières. Il est en contradiction avec les formes de démocraties grecques et
romaines. C'est la négation même de la République, et donc la dictature.
Aucune élection n'est organisée durant Vichy, l'autorité découle du chef, qui décide de tout.
Pour s'aider, Pétain met en place en février 1941 un Conseil National de 192 membres, une
sorte de Conseil du Roi. Les maires des communes sont de nouveau désormais nommés par
le Conseil National.
– Réaction contre le laxisme révolutionnaire
Les valeurs de la République prennent leurs racines dans la Révolution française de 1789.
Vichy change la devise et la remplace par « Travail — Famille — Patrie ». Les références
sont totalement différentes. Vichy se construit sur des sources historiques différentes,
comme par exemple la période gallo-romaine, lointaine et étonnante : les gaulois, ou
supposés tels, avaient été battus par les armées de Jules César, et leur culture s'en ressent
dans leur civilisation. C'était une période florissante en tous points : commerce, grandes
villes, agriculture. C'est une période brillante, mais ambigue, puisqu'elle s'est faite sous la
conduite, voire la férule, de l'occupant romain.
Ainsi, la principale décoration de Vichy est la francisque gallique.
Autre référence de Vichy, la France chrétienne, et les valeurs familiales et catholiques.
En additionnant la France gallo-romaine et latine (évoluée en mussolinienne), chrétienne,
ainsi que le Maréchal Pétain, appelé « le druite » ou « le chêne » (censé protéger les
Français de leurs péchés), et puis Jeanne d'Arc, l'héroïne mythique, « inspirée par la voix de
Dieu » et odieusement massacrée par les Anglais (quelle chance pour Vichy !), on voit
apparaître un nouvel idéal, qui se substitue à l'idéal classique révolutionnaire républicain.
– Réaction contre le syndicalisme
En 1940, on dissout tous les partis politiques puis tous les syndicats. Il faut alors trouver un
ersatz. Vichy remet en place la « société corporatiste » du Moyen-Âge. C'est un système
organisé, où les différents acteurs sont regroupés par profession. Ça ne marchera pas
beaucoup, sauf dans la corporation paysanne, où les rapports entre ouvriers et patrons
étaient moins tranchés en France. Pour Pétain, c'est l'occasion de glorifier la paysannerie et
de parler d'un « retour à la terre », ou encore de dire que « la terre, elle, ne ment pas ». Il
remonte l'Histoire à contre-courant. C'est une idéologie totalement réactionnaire.
La société corporatiste ne marche pas pour l'industrie, car les termes de l'occupation pour
l'industrie sont tels que la France va vivre dans la pénurie pendant les 4 ans d'occupation : il
faut livrer 48% de la production à l'Allemagne. C'est alors l'instauration des tickets de
rationnement pour les Français, à partir de l'automne 1940. En moyenne par jour, on
mangeait 1800 calories.
Bien sûr, il y a du marché noir, et les agriculteurs vivent dans l'opulence. Les autres
Français se serrent la ceinture. C'set très dur pour les pauvres, et très dur aussi dans les
villes. À l'hiver 1940 – 1941, cela entraîne une chute de popularité pour le Maréchal.
– Réaction contre le libéralisme
Vichy va accuser le libéralisme d'être la cause des malheurs de la France, y compris de
ceux causés par Vichy eux-mêmes. Vichy est un régime anti-libéral et maladroitement
planificateur. Il organise surtout la pénurie.
– Exaltation de la jeunesse et de la famille
En 1938, on comptait plus de cercueils que de berceaux. Dans l'Histoire contemporaine, la
France avait été le premier pays à restreindre volontairement les naissances. La France avait
commencé la première révolution démographique et diminué le nombre de ses enfants.
D'où les réformes sur le droit du sol et l'immigration, jugée comme favorable à l'époque par
le gouvernement.
Dès 1938, Daladier avait mis en place un Code de la Famille et quelques allocations
familiales. Pétain reprend l'idée pour relancer la fécondité française. Il donne des primes à
la naissance, comme Hitler l'avait fait ; il encourage la femme à rester au foyer, avec des
allocations (suivant ainsi ici aussi l'idéologie allemande) ; il propose des allocations pour
l'aide à la famille. Cela donne une aide à la famille très dynamique, qui sera reprise par la
Résistance en 1945 et après. Et ça marche. À partir de 1942, la démographie française
repart jusqu'au milieu des années 1960. Pourtant, en 1942, l'optimisme n'était pas vraiment
de rigueur.
Toutes les dictatures du vingtième siècle ont en commun la mainmise sur les enfants et la
jeunesse. Vichy ne touchera pas aux enfants ni au début de l'adolescence, ne voulant pas se
heurter aux Églises. Le régime de Pétain s'intéresse par contre aux adolescents à partir de
17 ans, et crée pour eux des camps de jeunesse, les « Camps du Maréchal ». On y fait des
constructions rurales, sylvestres, sous la direction d'officiers (qui ont ainsi quelque chose à
faire), on entraîne les jeunes à faire du sport (ce qui rappelle les sociétés de gymnastique
mises en place par la Prusse après la Victoire de Napoléon). À partir de 1943, ces camps
deviennent une pépinière pour la Résistance.
Les « vieux travailleurs » intéressent aussi Vichy. Le Front Populaire avait promis une
retraite de base pour tous ceux qui avaient 65 ans et plus et pas de subsistance organisée.
C'était « l'allocation vieillesse », qui n'a pas été mise en place faute de temps et d'argent.
Pétain la mettra en place, et ira même jusqu'à dire qu'il « tient les promesses des autres ».

3. Les 5 catégories d'adversaires
– Les anciens chefs politiques
Ce sont les boucs-émissaires. Pétain promet de les juger à sa prise de pouvoir. Les anciens
leaders politiques capturés, au centre, à droite (comme Paul Reynault), des chefs du Front
Populaire (Léon Blum, Édouard Daladier, Pierre Mendès-France), et quelques autres sont
concernés.
Vichy les garde de longs mois et organise en février 1942 le procès de Riom, une cour
d'appel proche de Vichy, en Auvergne. C'est un procès selon les formes, en apparence du
moins. Les accusés ont le droit de se défendre, mais ils peuvent le faire bien trop bien au
goût de Vichy. Le procès dure quelques semaines, puis, brusquement, le 14 avril 1942, on
remet tout le monde en prison, sans jugement. Certains sont envoyés en camps de
concentration, mais aucun n'est exécuté.
– Les juifs. Pas d'ambiguïté ici, c'est un adversaire déclaré pour Vichy.
Le 3 octobre 1940, ils apprennent qu'un statut est prévu sur eux. Selon la terminologie
officielle de l'époque, « est juif quiconque a 3 grands-parents de race juive, ou 2 grandsparents
si le conjoint est également juif ». Cette mesure n'est pas demandée par
l'Allemagne, c'est une initiative spontanée de Vichy. Les juifs étaient pourtant très
largement assimilés dès avant 1789, et cela s'est encore affirmé après la Révolution.
Le 3 octobre 1940, le statut des juifs nie la déclaration des Droits de l'Homme et du
citoyen. On expulse les juifs de la fonction publique, des professions médicales... En 1941,
on crée le Commissariat aux questions juives, chargé de coordonner le « tri » entre les juifs
qui peuvent rester en France et ceux qui seront livrés à l'Allemagne. Faisant du zèle, la
France livrera même les enfants.
Il y avait environ 300 000 juifs en France. 75 000 seront déportés, dont seulement 2 500
reviendront.
– Les francs-maçons
Persécutés par Vichy, cette société secrète se veut l'héritière de l'idéal des Lumières
(hommes égaux, biens communs, fraternité). De surcroît, ils sont souvent de gauche (ils
forment d'ailleurs le pilier central du Parti Radical).
– Les communistes
Au lendemain du pacte Ribbentrop-Molotov, la législation avait dissous le PCF. Ils
dénoncent tout de suite le caractère réactionnaire de Vichy. C'est pour cela qu'ils seront
persécutés (plus au Sud qu'au Nord, d'ailleurs, du moins au début, à cause du Pacte).
– Les résistants
Ils refusent d'accepter la défaite, s'opposent au nouveau régime. Charles de Gaulle en est le
symbole. Jugé par coutumace le 24 août 1940, il est condamné à mort par Vichy en cour
martiale.
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MessageSujet: Re: Le Régime de Vichy   Ven 14 Juil - 20:26

4. Les soutiens du régime

Pour reprendre le titre d'un livre de Henry Amouroux, il n'y avait pas loin de « Quarante
millions de pétainistes » à l'époque, du moins au début.
Au début, en effet, la grande majorité des Français semble assez d'accord avec Vichy. Sous le
choc de la défaite, il y a consensus quasi-global, d'autant plus que Vichy n'a pas de Bible, mais
une idéologie diffuse, contrairement à Staline, Hitler ou Mussolini.
De plus, Vichy n'hésite pas à faire diffuser la théorie du « glaive et du bouclier ». Dans la
presse de Vichy, on va de façon subtile, discrète, insidieuse, faire circuler l'idée selon laquelle
il y aurait connivence entre le vieux Maréchal et le général de Gaulle. Pétain protège la France
qui a commis des erreurs. Charles de Gaulle, que l'on sait avoir été proche de Pétain, serait
parti à Londres pour « préparer la Revanche ». C'est utopique, c'est faux, mais ça perturbe les
Français. Pour de Gaulle, parlant de Pétain, « la vieillesse est un naufrage ».
Tout cela désoriente les Français, qui, en gros, passivement, soutiennent le régime jusqu'à l'été
1944. C'est pour cela qu'au contraire Charles de Gaulle créera le mythe exaltant de la
Résistance.
Mais il y avait également un soutien actif de la part de 3 catégories de personnes :
– l'ancienne droite parlementaire (qui avait perdu les élections en 1936, et qui pouvaient donc
se venger de la gauche) ainsi que les conservateurs les plus endurcis ;
– la hiérarchie catholique dans sa majorité : le Primat des Gaules, l'archevêque de Lyon, le
Cardinal Gerlier, qui dira : « Pétain c'est la France, la France c'est Pétain ». À l'inverse, le
Cardinal de Toulouse, le Carnial Saliège, malgré la menace de la Milice, dénonce la
discrimination et la déportation des juifs.
– les techniciens apolitiques, c'est à dire les hauts-fonctionnaires comme Papon (c'est pour
eux un moyen de servir et de grimper dans la hiérarchie. Le zèle entraîne les promotions
rapides), les syndicalistes reconvertis, les patrons. On trouve ça dans tous les systèmes
totalitaires, et ce sont les plus dangereux.

5. La collaboration
– L'attitude de Philippe Pétain
On a cru pendant 20 ans que l'attitude de Pétain avait été presque essentiellement tactique.
En fait, c'est un mélange de tactique et de résignation, de délectation dans le deuil et dans
la défaite (ce qui est compréhensible psychologiquement dans le cas d'un vieillard
catholique). En même temps, il y a une sorte de certaine joie à savourer une situation de
défaite dont il n'est pas responsible. Dès août 1940, Pétain souhaitait s'intégrer dans le
nouvel ensemble allemand, afin de sauver les meubles.
En 1942, Philippe Pétain a failli démissionner, après l'invasion de la Zone Libre. Mais il n'a
pas osé donner l'impression d'abandonner. De 1940 à 1943, il a eu des contacts avec les
Alliés, et particulièrement avec les USA jusqu'en avril 1942, USA dont l'ambassadeur était
en poste à Vichy. Cela donnait crédit à la thèse du « double jeu ». Il faut tout de même bien
admettre que Pétain a signé tous les textes de Vichy, dont le statut des juifs en octobre
1940 et la condamnation à mort de de Gaulle en cour martiale en août 1940. Il a été sans le
moindre doute un collaborateur de toute première importance.
– Pierre Laval et les milieux parisiens
Le 22 juin 1942, Pierre Laval a prononcé un discours qui le fera condamner à mort (et
jamais grâcier) 2 ans plus tard. Il se suicidera dans sa cellule, puis sera ligoté à sa chaise et
fusillé tout de même, bien que déjà mort. « Je souhaite la victoire de l'Allemagne, car sans
elle le bolchevisme s'installera partout en Europe ». Il signe là sa condamnation à mort. La
phrase avait beaucoup frappé en France. Il a scellé son action, de même que les milieux
parisiens.
Le Paris des années de guerre n'est pas celui d'une ville humiliée, écrasée par l'occupant.
C'est la capitale intellectuelle de l'Europe, comme Berlin l'était sous Weimar. Paris est la
vitrine intellectuelle du nouvel ordre européen. Et c'est aussi le « Disneyland » des
vainqueurs : il y a toutes les facilités de la vie allemande, mais aussi artistique et culturelle.
C'est la ville des plaisirs pour les Allemands mais aussi pour l'immense majorité de
l'intelligentsia française. C'est la capitale de la collaboration, Vichy n'était qu'une sorte de
centre administratif. Paris (libre sur les plans politiques, artistiques et culturels) est l'antithèse
de Vichy (avec son vieux Maréchal, sa ville triste et ses ministres ultraconservateurs).
Ce n'est pas un hasard. L'art n'est pas une compensation contre la dictature,
contrairement aux États socialistes. C'était voulu par l'Allemagne, qui voulait faire de Paris
un phare artistique, afin de montrer combien le nouvel ordre nazi assimilait les vaincus en
leur faisant donner le meilleur d'eux-mêmes au niveau artistique.
À ce projet va répondre la coopération de l'élite intellectuelle française. Celui qui mène le
bal est l'ambassadeur d'Allemagne Otto Abetz (surnommé le « Roi Otto » pour ses entrées
auprès d'Hitler, à qui il pouvait téléphoner directement). Il recevait à sa table le gratin de
l'intelligentsia française, qui ne disait pas non. Le Palais Beauharnais était le centre de
l'activité culturelle, à cause de la censure allemande. La censure était attentive, sélective,
pas stupide ni aveugle. De 1940 à 1944, rien ne pouvait être écrit, composé, peint, joué ou
filmé sans avoir obtenu l'agrément de la censure allemande. Or ces années sont d'une
fabuleuse productivité pour la culture française.
Suivant le voeu d'une politique conçue à Berlin, l'immense majorité des intellectuels rentre
dans le jeu. Très peu ont résisté : les écrivains Jean Guéhenno et son Journal des années
noires, et Vercors. Tous les autres qui comptent ont créé, joué, filmé... Il y a bien sûr eu des
niveaux de collaborations. Certains intellectuels se sont déclarés ostensiblement favorables,
comme deux grands noms de l'époque : Robert Brasillach et Pierre Drieu La Rochelle.
Brasillach participera à « Je suis partout », périodique collaborateur et antisémite. Drieu La
Rochelle, directeur de la NRF à l'époque et grand écrivain, s'engage lui aussi dès 1940 avec
l'Allemagne pour le nazisme. Brasillach sera fusillé à la Libération, Drieu La Rochelle se
suicidera.
Il y avait également Louis-Ferdinant Céline, antisémite, violent, anarchique, mais qui se
moquait de Pétain et ridiculisait Vichy. Vichy lui inspire d'ailleurs D'un Château l'autre. Il
sera déchu de ses droits civiques et emprisonné.
Jean Giraudoux sera ministre (chargé de la culture) de Vichy et familier de l'Allemagne. Il
écrit Siegfried et le Limousin, puis devient plus réservé.
Jean Cocteau est de toutes les réceptions de l'ambassade d'Allemagne au début, et continue
d'écrire et de mettre en scène. En 1942, voyant les tensions, il s'éloigne de l'ordre parisien.
André Gide, fin connaisseur des langues anglaise et allemande, participe aux réceptions
pendant 2 ans. En 42, il part en Tunisie et évite la Libération de Paris en 44. De nombreux
intellectuels sont restés jusqu'au bout, comme Henri de Montherlant (qui connaît son plus
grand succès théatral avec La Reine morte durant cette période), Paul Claudel (devenu
ambassadeur de France, il rédige une Ôde au Maréchal et connaît lui aussi son grand
triomphe en 43 avec Le Soulier de satin ), Jean-Paul Sartre (officier français dans un camp
de prisonniers, il faisait jouer du Goethe pour éduquer les troupes. Il sera libéré pour cela.
En 1943, il va au ski à Megève avec Simone de Beauvoir. Il endossera les habits de la
Résistance a posteriori), André Malraux, ou encore Aragon, qui continue à publier.
Cela pose un problème.
La situation est identique dans le cinéma : Les Visiteurs du soir , Les Enfants du Paradis
ont tous obtenu le visa de la censure allemande.
Au théâtre, Sacha Guitry faisait des tournées en Allemagne.
Voir que tous ces artistes ont collaboré est un peu affligeant. L'attitude digne aurait été de
ne pas publier et de ne pas se montrer en public pour ne pas cautionner un régime de
persécution.
À Paris fonctionnent de nouveau des partis dissous par Camille Chautemps : ainsi le Parti
Populaire Français (PPF) de Jacques Doriot, ancien fondateur des jeunesses communistes.
Ainsi le Rassemblement National Populaire (RNP) de Marcel Déat. Tous deux encouragent
le nazisme et conseillent aux jeunes de s'engager dans la Wehrmacht.
Il va de soi que toute la presse française va devoir s'aligner sur l'idéologie nazie. Il y a une
sorte d'auto-censure. En 1944, par une ordonnnance, Charles de Gaulle dissoudra tous les
journaux de l'époque, sauf le Figaro, qui avait cessé sa publication en 1943. De même pour
la radio. Sur Radio Paris, Philippe Henriot commente les actualités à la façon allemande. Il
sera assassiné en juillet 1944. Un slogan circulait : « Radio Paris ment, Radio Paris est
allemand ».
– Les organisations armées
En octobre 1940, Philippe Pétain a éprouvé le besoin de créer une organisation (pas un
parti) pour l'aider : la « légion française des combattants », qui devait contenir des anciens
combattants de la guerre précédente, normalement. 1,2 millions de français y adhèreront de
façon spontanée, pour « soutenir l'action du Maréchal ».
Les plus dynamiques et les plus jeunes formeront en 1942 la Légion des Volontaires
français (portant l'uniforme allemand). L'essentiel de la légion se dissout doucement. En
février 1942, elle change de nom et devient le « Service d'ordre légionnaire ». C'est une
organisation paramilitaire sous les ordres de Pétain et Darlan. On y trouve les plus
fanatiques de l'ancienne légion. En janvier 1943, Laval propose la création de la Milice.
Elle contiendra 30 000 personnes, dont 5 000 issues de la légion, et 25 000 nouveaux
membres. Comment devient-on milicien ? Le film Lacombe Lucien de Louis Malle le
montre.
La Milice était en liaison directe avec les nazis, et était une organisation paramilitaire. Elle
faisait le travail que ne faisaient ni la police ni l'armée, ni même la Gestapo en France (qui
était constituée de 2 000 Allemands et 3 à 4 000 Français payés par le Reich). En somme,
elle fait le sale boulot, arrête sans mandat la nuit, exécute sans jugement. Les miliciens sont
efficaces à faire régner la terreur. On y trouve des fanatiques, des membres des anciennes
Ligues, des gens qui relèvent du droit commun et des jeunes naïfs. C'est une collaboration
meurtrière et scandaleuse.

Bilan

En France, en 4 ans, il y a eu 30 à 40 000 condamnations à mort. 200 000 Français ont été déportés,
dont 75 000 juifs. Le reste était pour l'essentiel des résistants. Sont revenues 40 000 personnes, dont
seulement 2 500 juifs (soit environ 3%...). Il y a eu 1,5 millions (dont 700 000 au titre du STO) de
travailleurs français partis travailler en Allemagne, ce qui fait de la France le troisième pays derrière
la Russie et la Pologne dans la main d'oeuvre forcée.
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Lossiel
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MessageSujet: Re: Le Régime de Vichy   Mer 11 Oct - 16:11

Affiche pour la légion Française contre le bolchevisme.




Affiche datant du début de l'occupation.




Vérification des papiers à la ligne de démarcation.




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